Histoire
Carnet de bord : In Nomine Patris
On m’appelle un soir pour une urgence. Une femme enceinte, que nous nommerons Marie, est dans un état irréel. Elle n’est que colère et violence, proférant des menaces terrifiantes pour elle et son entourage. Plusieurs médiums et un prêtre sont déjà intervenus. Rien n’a fonctionné.
Je demande une vidéo pour ressentir la situation. À la lecture des images, ce n’est pas Marie qui m’interpelle, mais l’atmosphère de la pièce : une colère froide, une haine et un désir de mort viscéral.
L’enquête vibratoire : Au-delà du démon
En plongeant dans mes ressentis, une scène m’apparaît. Je vois une femme maculée de son propre sang, un couteau à la main, s’étant ouvert le ventre après avoir abattu son mari dans un accès de rage.
En cherchant la cause, je suis projeté dans l’histoire de cette mémoire : je ressens la violence inouïe de ce mari qui la battait, des coups si violents qu’ils ont fini par tuer l’enfant qu’elle portait. Ce jour-là, cette femme a embrassé le désespoir le plus profond et s’est donné la mort.
Là où les autres ont plaqué la grille de lecture d’une “possession démoniaque”, j’ai vu une réalité bien plus humaine et tragique : Marie n’était pas possédée par un démon. Sa sensibilité exacerbée par sa grossesse en avait fait une éponge vibratoire. Elle absorbait, jusqu’à la folie, la mémoire des murs de cette maison et le désespoir de cette mère assassinée.
Le combat à distance
Je commence à travailler sur la maison, conscient que la charge est profondément enracinée. Plus tard, alors que je tente de me détendre en lisant un ouvrage du père Gabriele Amorth (exorciste du Vatican), la lecture devient subitement pénible. Mon cerveau décroche, mes mains se crispent à me faire mal, mon thorax se comprime. Je lâche le livre, je ferme les yeux pour chercher de l’air.
Soudain, je me retrouve projeté en transe dans la pièce. Je vois la femme défunte, le couteau à la main, habitée par une rage infinie. Ses yeux hurlent que plus personne n’aura le droit d’enfanter dans cette maison.
Je reste impassible face à sa colère, car je capte sa véritable détresse. Je m’approche de l’armoire à miroirs de la pièce. Je me coupe le bout des pouces et, avec mon sang, je trace la croix du Christ sur le miroir gauche et la croix de Saint Pierre sur le droit. Bien que non chrétien, les mots de l’ancien rituel s’imposent à moi : « In Nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, Amen. »
Au troisième appel, les miroirs explosent en mille éclats dans ma vision. La colère se dissipe, ne laissant de cette femme que les larmes et la tristesse d’une mère endeuillée.
Le réveil et la délivrance
Je reviens à moi d’un coup, allongé sur mon bed, le livre projeté à l’autre bout de la pièce. Je descends les escaliers quatre à quatre pour vomir, avant de rester hébété dans le noir pendant des heures. Le lendemain, je me réveille avec les douleurs musculaires d’un homme qui a couru deux marathons.
C’est alors que mon téléphone s’allume. Un message des proches : « Je ne sais pas ce que tu as fait, mais tout est calme. Marie est apaisée et accepte enfin de voir un médecin. »
Des mois plus tard, les nouvelles sont excellentes. Marie a surmonté ses phases dépressives avec l’aide d’une spécialiste et a donné naissance à une petite fille en parfaite santé. La famille a déménagé loin de cette maison.
S’est-il réellement passé ce drame dans ces murs autrefois ? Je n’en ai pas trouvé de trace officielle. Mais l’important n’est pas là. L’important, c’est qu’une petite fille grandit aujourd’hui en sécurité, loin de l’enfer de ce bâti, au milieu d’un jardin et des écureuils.